• Julie B.

Arrêtez de travailler !


Quand on est petit on nous demande souvent : "Et toi, qu'est-ce que tu voudras faire comme métier quand tu seras grand ?". De générations en générations c'est la même rengaine. Je le sais car mes enfants ont droit régulièrement à cette question ! Sauf que cette fois je ne me laisserai plus piéger. Je note scrupuleusement leurs idées même les plus loufoques en me disant qu'un jour peut-être ça pourrait leur servir donc "prof de danse" ou "auteure de livres pour enfants" pour la cadette, "policier" ou "trapéziste" donc pour l'aîné...


Quand on commence à se poser des questions sur l'après, on va souvent chercher dans l'avant. Cette période d'introspection nous pousse à savoir ce qu'il y a au fond de nous, ce qui nous fait vibrer vraiment et depuis longtemps. Et cette question "Qu'est-ce que tu voulais faire quand tu étais petit.e ?" ressurgit...Sauf que 30 ans plus tard, pas évident de se

replonger dans ses rêves d'enfant. Entre temps, les années 90 nous ont rabâché que la réussite passait par la performance et la croissance à 2 chiffres, que le futur serait digital ou qu'il ne serait pas dans les années 2000, qu'il fallait ouvrir les bureaux et mettre des baby-foot pour que l'entreprise soit ta 2e maison en 2010 et qu'il fallait finalement tout repenser et recloisonner en 2020 parce que ça ne marchait plus et que la génération Z voulait plus de sens dans tout ça.


Être salariée, avoir un CDI, devenir responsable, manager, directrice, c'était le plan...Mais comment tout ça a commencé ?

Je crois qu'en me voyant donner des ordres à mon frère aîné sur nos chorés home-made de Noël, ma mère s'était dit qu'être manager et organiser des choses devrait pouvoir me convenir. A 15 ans nous sommes donc allées voir la conseillère d'orientation de mon lycée :

"Pour faire une école de commerce, il faut faire une prépa scientifique. Et pour entrer en prépa il faut faire un Bac S. C'est la seule solution." nous expliquera-t-elle un jour. Mon avenir était donc bouclé après 4min30 d'entretien. Ce serait donc la voie scientifique accompagnée de cours de soutien en physique-chimie et mathématiques tous les samedis matins pendant 2 ans pour récolter un 11 /20 au bac. Quant à la prépa je ne dépasserai jamais le 6/20...(Note : Quel cursus avait donc fait la conseillère d'orientation pour me donner un aussi mauvais conseil d'orientation ?!!)


Donc deux années de prépa acharnées (ceux qui savent savent...) par les meilleurs agrégés dans leurs disciplines : cours de synthèse de texte, maths supp, grammaire espagnole en 15 volumes, colles du samedi, concours et ticket pour l'école de commerce. Et là, finie la culture générale oublie tout ce que tu as ingurgité depuis 24 mois, place à la

fiscalité, la finance, la comptabilité et le droit des affaires noyés dans un grand bain de bière-pastis-rosé à la sauce BDE !! Un cocktail explosif (ceux qui savent savent...) ! Restera donc le marketing qui me permettra d'écrire quelques bafouilles en choisissant de belles images pour le début de mon parcours professionnel.


Ce fut surtout le début d'un loooong chemin d'interrogations et d'ascenseur émotionnel car l'entreprise c'est plus l'école t'sais. Il ne suffit plus de montrer que tu travailles bien t'sais, que tu as bien fait ton power point avec des animations qui tournent quand tu passes la page suivante t'sais...L'entreprise c'est la -ur gros ! C'est chacun pour soi !


Bref une dizaine d'années de vie de bureau ou autant d'années de situations absurdes :


> Les process ou la dictature du ticket pour faire référence à mon ancien job dans un très très grand groupe français. Tu as un problème ? Il faut ouvrir un ticket au service informatique. Tu as un projet ? Il faut ouvrir un ticket au service projet, faire une présentation de ton projet et une autre présentation qui synthétise ta première présentation que tu joindras au ticket. Tu as pensé à valider tes tickets ? Sinon tu ne pourras plus ouvrir de nouveaux tickets... La pensée a été remplacée par un"dispositif"et envolés le bon sens, la réflexion et l'action (1).


> Le titre ou le "chant du sigle"(1) : "Ex-Codir membre du Comex en charge du CA, PDG, DRH, DSI, CEO, COO, CTO en B2C ou B2B...Si on en demande un peu plus on apprend par exemple que Gérard le coordinateur de flux, analyse l'impact financier des risques en estimant les inputs associés de manière transverse" (...) ou si vous préférez 'n-2 du numéro 1, n-1 du numéro 2n n+1 du numéro 4". Quel sens derrière tout ça ?

> Les collègues et la hantise du pot de départ : Quand arrive le moment de la formule "Il est temps pour moi de voler vers de nouveaux horizons", tu sais que tu n'y échapperas pas. "De même que certains morts, adulés de leur vivant, accèdent à la canonisation après avoir trépassé, certains salariés appréciés au quotidien sont portés aux nues lors de leur départ. Le départ rend aimable"(1).

Rassemblés dans le plus grand open space de l'étage, un gobelet en plastique à la main rempli de mousseux tiède à 17h30 (parce qu'après il y en a qui doivent partir, donc 17h30...) et une part de brownie trop sec que Magali a préparé la veille au soir, on se rappelle aux bons souvenirs de ces dernières années passés si vite. "J'ai beaucoup appris à vos côtés"... "Tu vas nous manquer". On rit et parfois on verse une larme. Et puis, dans des cas ultimates-breaking-the-line , on nous distribue les paroles d'une chanson et sur la mélodie du Sud de Nino Ferrer nous entonnons tous ensemble"Et dans un million d'annéeeees, tu seras toujours notre amiiiie" et se voir se liquéfier de gêne absolue à l'intérieur de soi...disparaître le plus vite possible.



Un monde étrange donc que celui de l'entreprise qui évolue, qui essaye de s'adapter au monde qui change, aux générations qui se succèdent sauf qu'aujourd'hui force est de constater que le bilan est moyen-moyen (2) :


95% des salariés français avouent être désengagés de leurs jobs

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9 embauches sur 10 se font en CDD ou Interim

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1 jeune sur 4 seulement rêve d'un CDI (15-25 ans)

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50% des jobs d'aujourd'hui auront disparu d'ici 2025

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Derrière les compétences qu'on aligne bien sagement sur son CV, derrière cette course effrénée à l'expertise, se cache un joyau qui commence à émerger et dont on parle de plus en plus : les soft skills. Les soft skills c'est un peu la personnalité, les qualités humaines ou encore ton quotient émotionnel. Aujourd'hui même si les compétences ou "hard skills" feront office de passeport pour décrocher un entretien, les soft skills vous permettront de le réussir. Une personne aux fortes soft skills pourra aisément combler des lacunes techniques ou s’adapter à un changement, grâce à un travail personnel. Selon la dernière étude IFOP (3) pour 60% des cadres interrogés la capacité d'adaptation est le graal !


Et savez-vous comment l'on travaille et on booste ses softs skills ? "En cultivant ses hobbys, en se connaissant mieux, en s'engageant dans des projets annexes (associatifs, sportifs, humanitaires). Avoir des centres d’intérêts, quels qu’ils soient, rend plus créatif.

Dans une interview pour le magazine américain Wired en 1996, Steve Jobs expliquait déjà en quoi la créativité naît de la diversité des expériences : « La créativité, c’est simplement connecter les choses. Lorsque vous demandez aux gens créatifs comment ils ont eu une idée, ils répondent que ça leur paraissait évident. C’est parce qu’ils ont pu connecter les diverses expériences qu’ils ont vécues. Et la raison pour laquelle ils ont pu le faire, c’est qu’ils ont eu plus d’expériences ou qu’ils ont davantage réfléchi à leurs expériences que les autres ».


Et surtout, les centres d’intérêt sont une source et un signe d’équilibre personnel. Depuis près d’une décennie, des chercheurs s’intéressent à l’influence des hobbies sur le bien-être. Et ils s’accordent sur le fait que les employés qui prennent du temps pour leurs passions sont moins sujets à l’épuisement, moins stressés, plus concentrés et plus satisfaits dans leur travail (4).


Donc vous savez ce qu'il vous reste à faire pour continuer à évoluer le plus sereinement possible dans votre carrière professionnelle ?

Relisez le titre !!



Mes sources pour cet article et pour aller plus loin sur le sujet :




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